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Comment adopter une approche fondée sur les faits lorsque peu d’évidence est disponible ? Partie 1/2

Dans le cadre de toute pratique du champ de la santé, il est idéal d’utiliser des outils d’évaluation valides ainsi que des modalités thérapeutiques ayant été correctement éprouvées. Cependant, dans certains domaines du champ de la santé, les cliniciens ne disposent pas de données probantes afin de leur permettre de satisfaire cet idéal. Se pose alors la question : Comment adopter une approche fondée sur les faits lorsque peu d’évidence est disponible ?


La recherche en thérapie manuelle souffre encore de zones d’ombre dans de nombreux domaines comme le diagnostic, le pronostic et les modalités thérapeutiques de prise en charge. Cependant, dans le cadre d’une pratique centrée sur les besoins du patient, il peut parfois être accepté que ce manque de connaissance puisse ne pas être une barrière à la réalisation d’une prise en charge.


Des outils d’évaluation ainsi que des modalités thérapeutiques appartenant au champ des thérapies manuelles seront ici pris en exemple afin d’illustrer les recommandations de Charlotte LEBOEUF-YDE et al. (2013) (lien vers l'article original).


Que faisons-nous lorsqu’une pratique n’est pas soutenue par les données probantes ?


Le modèle Evidence Based Practice (EBP) conjugue l’expérience clinique, les préférences du patient ainsi que les données de la recherche. Ce modèle est expliqué ici dans un autre article de la SoFEC.


Une pratique non soutenue (en totalité) par les données probantes de la recherche peut être acceptée lorsque :

  1. Le raisonnement derrière l’utilisation de cette pratique est plausible et en accord avec les connaissances actuellement disponibles ;

  2. Cette pratique est utilisée avec succès et depuis longtemps par une majorité de cliniciens.


Néanmoins, le niveau d’acceptation d’une pratique uniquement basée sur la logique et l’expérience est inférieur à celui d’une pratique basée sur les données probantes de la recherche. Dans le domaine de la prise en charge des troubles musculosquelettiques, des données probantes de la littérature – permettant de corroborer, ou non, les théories sous-tendant les pratiques – sont généralement disponibles. Il est donc essentiel que toute décision ou action thérapeutique ne puisse pas être uniquement basée sur la logique et l’expérience du clinicien.


Que faisons-nous lorsqu’une pratique n’est pas plausible ?


Dans le cas où une pratique ne serait pas biologiquement plausible, après évaluation par la communauté scientifique spécialisée dans le domaine d’intérêt, l’expérience du clinicien n’est pas suffisante pour justifier cette pratique. Ceci n’est pas surprenant, étant donné qu’il soit très peu probable qu’une pratique non plausible soit valide cliniquement.


Comment pallier la difficulté de prendre des décisions cliniques adaptées en thérapie manuelle ?


Beaucoup de pratiques en thérapie manuelle sont aujourd’hui parfaitement admises, malgré le fait qu’elles ne soient pas complètement soutenues par les données probantes de la littérature. Ces pratiques sont généralement basées sur des concepts physiologiques/anatomiques plausibles, et sont utilisées avec succès et depuis longtemps par une majorité de cliniciens.

Par exemple, il est considéré comme étant acceptable de conseiller à un patient souffrant d’une lombalgie aigüe – responsable d’une position antalgique importante – de ne pas bécher son jardin dans cet état. Il est ici supposé que ce type d’activité pourrait aggraver les structures rachidiennes affectées. L’efficacité de ce conseil n’a jamais été testée dans un essai randomisé contrôlé. Il est généralement donné par les praticiens au vu de leur expérience clinique et de leur compréhension des mécanismes de survenue/d’aggravation des douleurs discales.

Cependant, la prise de décision clinique peut s’avérer plus complexe lorsque ce même patient souhaite connaître le nombre et la fréquence des consultations qu’il serait nécessaire de réaliser. Serait-il préférable de réaliser un nombre important de soins en un court lapse de temps (justification : plus l’on traite, meilleur sera le résultat) ? Ou alors, serait-il préférable de réaliser peu de soins, et de les espacer dès que possible (justification : le rôle du thérapeute est d’accompagner le patient dans son processus de guérison, et ainsi de limiter au maximum la réalisation de soins inutiles) ?

Ce type de situation clinique où il n’existe pas de consensus scientifique ni de recommandations de bonnes pratiques peut être à l’origine de grandes incertitudes pour les praticiens. Ces derniers pourraient ainsi facilement être enclins à utiliser des routines de prise en charge, pouvant nécessiter l’utilisation d’algorithme de prise en charge, afin de pallier cette incertitude.

Un arbre décisionnel sera proposé dans la deuxième partie de cet article.


Si vous avez des questions, contactez-nous (secretariat@sofec.org).

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